Un pont entre la réassurance et l'innovation | Itw de Victor Moreau, CEO de Bifröst

Emilie Autin
Rédigé par Emilie Autin
03 juin 2022 - 7 minutes

Dans la mythologie nordique, le Bifröst est l’arc en ciel qui fait office de pont entre la Terre et Asgard, le monde des dieux. C’est aussi le nom d’une insurtech qui ambitionne de relier deux mondes bien distincts : les réassureurs et leurs clients. Créée à Paris en 2021, la toute jeune Bifröst va accélérer dans les prochains mois. L’aventure est toutefois déjà bien lancée, avec une levée de fonds et un premier contrat avec un assureur signé.

Eficiens a rencontré un des cofondateurs de Bifröst et actuel CEO, Victor Moreau. Traversée vers un monde qui a encore beaucoup à offrir à l’écosystème de l’assurance !

« La réassurance, un milieu peu mis en lumière »

Bonjour Victor. Comment avez-vous créé Bifröst ? D’où est venue l’idée ?

Après six ans à travailler en cabinet dans les secteurs financiers au service des banques et des assureurs, j’ai eu envie de basculer dans l’univers des startups. J’ai donc rejoint iziwork, où j’ai géré la stratégie et les grands comptes. Mais, je me suis rendu compte que j’avais envie de plus. Je voulais fonder ma startup et retrouver l’univers financier, deux mondes qui m’attiraient !

Début 2021, avec Tristan Garrec, l’actuel CTO, on a cofondé Bifröst. En vérité, on s’est associés sans avoir d’idée, et sans savoir dans quelle industrie on allait se lancer. On a eu une approche typique de consultant : on a regardé plusieurs industries, on a testé plusieurs idées et on a beaucoup discuté avec des acteurs de différents mondes. Notre choix s’est tourné vers la réassurance, un milieu peu mis en lumière que je connaissais déjà et dans lequel il n’y a pas vraiment de startup en France, voire même en Europe.

Aujourd’hui, que propose concrètement Bifröst ?

Bifröst permet aux acteurs de la réassurance, soit les assureurs et les courtiers en réassurance, d’être accompagnés dans le processus de transaction auprès des réassureurs. Les processus de réassurance sont assez techniques et assez lourds. Tout le monde rencontre des problèmes pour faire des transactions dans le milieu. Transférer du risque et renouveler des contrats est assez long et complexe. On propose donc un outil qui va simplifier tout ce processus.

Pour l’instant, toutes ces transactions complexes reposent sur des échanges de mails, des transferts de fichiers Excel avec des milliers de lignes ou des échanges de personne à personne. Nous, on propose deux nouveaux axes pour changer tout ça. Premièrement, une digitalisation de tout ce processus, avec les échanges, les documents et les informations au même endroit. Puis, dans un deuxième temps, on ajoute un peu d’intelligence artificielle au traitement des données. Nous proposons concrètement une aide à la décision.

Il n’y a aucune startup en Europe dans la réassurance !

On parle de réassurance, mais qu’est-ce que c’est exactement ? L’assurance des assureurs ?

Exactement ! La réassurance c’est l’assurance des assurances. Les assureurs sont exposés à des risques parfois trop importants pour eux. Si un événement survient, et que l’assureur ne peut éponger tous les dégâts avec son capital, c’est un réassureur qui peut l’aider. Certaines assurances peuvent aussi être exposées à des pics de pertes, comme lors d’attaques cyber. Dans le même esprit, ce genre de risque va être assuré par un réassureur. Les réassureurs limitent leurs risques et peuvent absorber les chocs. Ces entreprises sont plus diversifiées qu’un assureur, et sont souvent moins concentrées. Elles ont donc toutes les cartes en main pour épauler nos assureurs.

Si cette industrie a tant de potentiel, pourquoi est-elle si peu digitalisée ? Pourquoi on ne retrouve-t-on pas de startups dans la réassurance ?

Mais le milieu de la réassurance reste un milieu très fermé. A-t-il besoin d’être plus didactique pour intéresser plus de monde ?

« Je suis convaincu que l’IA est le véritable game changer pour la réassurance »

Proposer une IA aujourd’hui, un vrai plus ou un bonus qui devient finalement banal ?

Toutes les startups semblent avoir des intelligences artificielles aujourd’hui. Chez Bifröst, on est les premiers à l’amener dans la réassurance, donc c’est un vrai plus ! Les avantages de l’IA sont plus visibles côté réassurance, car le milieu est bien moins avancé dans sa digitalisation que l’assurance. Les processus qu’on simplifie étaient très manuels, donc notre IA est vraiment différenciante sur le marché !

Je suis convaincu que l’IA est le véritable game changer pour la réassurance. Quand on montre ce qu’on fait à différentes personnes du milieu, c’est souvent le côté IA qui les intéresse le plus. Ils aiment aussi beaucoup l’accompagnement précis que nous offrons. Le plus gros défi qu’on rencontre maintenant, c’est le wait and see. Personne ne veut être le premier à se lancer et à travailler avec un nouvel acteur car on apporte vraiment des nouvelles choses.

Comment faites-vous pour tenir alors que votre plateforme n’est pas publique et que vous commencez tout juste à signer des contrats ?

Pour tenir, on a fait comme beaucoup de startups : lever des fonds. La plateforme est en train d’être finalisée, on va ouvrir en juin-juillet et elle sera directement utilisée par nos premiers clients. En attendant, c’est grâce à cet argent qu’on tient et qu’on peut grandir et recruter. Ces derniers mois, on s’est concentrés sur le développement de la plateforme et le côté commercial. On avait cré » un prototype en Q3 2021 qui prouvait que notre outil marchait, et qui nous a donc permis de lever un million d’euros.

L’objectif était de lever des fonds pour recruter des développeurs et accélérer notre arrivée sur le marché. Ce qui est compliqué, c’est d’avoir des premiers clients et de se lancer sur le marché. Ensuite, tout roule ! Mi-2023, on voudrait une nouvelle fois lever des fonds pour se concentrer sur notre expansion, et notre future ouverture sur l’international.  

« Les startups ont besoin de ces actions avec des grands groupes pour grandir ! »

Depuis maintenant quelques années, on a vu une véritable vague d’insurtechs déferler en France. Quel est ton avis sur cette tendance qui semble maintenant bien installée ?

Déjà, en tant que membre de cette vague, je suis très content ! Il y a un véritable écosystème qui se crée. C’est un cercle vertueux qui se met en place maintenant : les insurtechs marchent bien, les grands groupes s’habituent à travailler avec elles, ce qui entraîne de plus en plus d’initiatives, etc. Nous on est dans l’incubateur de la Banque Postale, platform 58, ce qui nous permet de croiser pas mal de startups. On constate que le milieu est assez dynamique, que ce soit pour les levées de fonds, les recrutements ou les partenariats avec des assureurs.

Ça ne m’étonne pas que le marché soit aussi dynamique en France. Après tout, notre marché intérieur de l’assurance est assez énorme, avec de beaux assureurs et des beaux noms qui tirent le secteur vers le haut. Ce qui est clé pour que ça fonctionne sur le long terme, c’est que les partenariats deviennent des collaborations sur du long terme. Les startups ont besoin de ces actions avec des grands groupes pour grandir !

L’assurance doit-elle maintenant parier sur les cryptomonnaies ou la blockchain ?

J’avoue que je n’ai jamais acheté de Bitcoin de ma vie, mais apparemment j’aurais dû ! Les cryptomonnaies arrivent à avoir des applications un peu partout maintenant, donc l’assurance sera sûrement impactée par le phénomène aussi. Il y a des expérimentations qui sont portées par des grands groupes pour intégrer ces nouvelles idées, en assurance comme en réassurance.

Pourtant, je pense qu’il y a beaucoup d’autres innovations à amener, en dehors des cryptos et de la blockchain, qui seront applicables plus vite. C’est pour ça que chez Bifröst, on n’a pas fait ce pari, et qu’on est restés sur un modèle plus classique. Sur les années à venir, on aura plus des évolutions sur la manière de travailler, qu’une révolution globale ! Mais, si un jour, par exemple, les transactions doivent passer par de la blockchain, on se tournera évidemment vers cette solution.

Qu’en est-il de la DeFi en réassurance ? Est pour bientôt en France ?

Imaginée sur un modèle de courtier, la jeune pousse s’oriente maintenant vers un modèle de Software as a Service (SaaS). Bifröst nous l’assure : un grand assureur a déjà signé avec l’entreprise, dont le nom sera révélé d’ici quelques semaines. On souhaite toute la réussite à cette audacieuse insurtech, qui rêve déjà de tisser des ponts entre la réassurance et l’innovation partout en Europe.

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