Eficiens x Astorya : L'assurance en effervescence, le baromètre ! - Edition mars 2022

Alexandre Pengloan
Rédigé par Alexandre Pengloan
08 mars 2022 - 6 minutes

Tout va actuellement extrêmement très vite dans le microcosme de l’assurance, et le rythme s’accélère encore en ce début d’année ! Afin de suivre au plus près cette révolution, nous avons fait appel à l’œil de Florian Graillot et des experts d’Astorya. Nous sommes ainsi heureux de vous présenter la 5e édition de notre rendez-vous mensuel : « L’assurance en effervescence, le baromètre ! »

L’œil du VC Florian Graillot

Make or buy, telle est la question ! Les rachats consécutifs de Trov et Monk AI ne doivent pas échapper aux assureurs. Et si nous étions à un point de basculement ?

Coup sur coup, deux entreprises bien connues dans le monde de l’assurance ont connu le même sort. C’est d’abord Trov, pionnière de l’insurtech aux Etats-Unis, qui a été rachetée par The Travelers Companies, un assureur historique coté en Bourse. Une semaine plus tard, une marketplace américaine spécialisée dans l’auto d’occasion a fait main basse sur la pépite française Monk AI. Tout sauf anecdotiques, ces opérations pourraient augurer d’un changement de paradigme : celui d’un basculement du « make » vers le « buy ».

Ces dernières années ont vu de nombreux assureurs s’essayer à la cuisine interne. Confrontés à la réalité de la transformation digitale, ils ont pour beaucoup cherché à développer des solutions maison. Avec des résultats, très souvent, mitigés. Le rachat de savoir-faire extérieurs pourrait donc devenir la meilleure stratégie, à plus d’un égard.

En effet, les startups et insurtechs ont rapidement progressé et proposent des technologies de pointe matures. Les équipes constituées sont compétentes et leur valeur augmente de manière substantielle dans un contexte de guerre des talents. En parallèle, l’état actuel du marché laisse entrevoir une stabilisation, voire une baisse des valorisations, après l’euphorie des derniers mois. Pour un assureur, opter pour le rachat d’une pépite tech, c’est donc au final un triple gain : de temps, de compétence et d’argent !

Plus que jamais, le monde de l’assurance doit aller vite en matière d’innovation. Il n’est plus l’heure de tergiverser. Basculer vers une stratégie de rachat pourrait donc être salutaire, pour tout le monde, sachant que des insurtechs risquent d’être à la recherche de porte de sortie prochainement. Aux assureurs d’être attentifs aux opportunités. Ils ne sont, en effet, pas les seuls intéressés. Des adjacents, comme dans le cas Monk AI, montrent qu’ils peuvent être aussi réactifs et mettent, de facto, une certaine pression sur l’écosystème.

La startup du mois : Terminos

Et si vous arrêtiez de vous arracher les cheveux à cause des tant redoutées CGV ? Terminos, startup suisse, se lance avec une promesse : réduire de 98% le temps alloué à cette tâche fastidieuse. A la frontière entre l’insurtech et la regtech, la jeune pousse a imaginé un produit qui, n’en doutons pas, devrait faire fureur au sein de l’écosystème !

Le positionnement de l’entreprise helvète nous intéresse à plusieurs titres. Elle prouve, une nouvelle fois, la capacité de la technologie à rendre de fiers services aux assureurs, ici sur un sujet complexe et chronophage. Elle ouvre également la voie vers une amélioration tangible du service client. Grâce à l’IA et aux données structurées, le rêve de pouvoir proposer à l’assuré un tableau de bord intuitif et extrêmement précis sur ses couvertures semble à portée de main. Enfin, Terminos, en industrialisant les processus, peut entrevoir de belles possibilités en matière d’Open Insurance, notamment sur les volets génération et comparaison de contrats.

Le « game changer » : changement de modèle en vue pour les licornes de l’assurance ?

Les années se suivent… et ne se ressemblent pas pour Alan ! Alors qu’elle nous avait habitués à entamer les rentrées en fanfare avec des levées de fonds, la licorne nous a réservé cette fois deux informations surprenantes. Après avoir annoncé l’arrêt brutal d’Alan Baby, l’insurtech a dévoilé une nouvelle orientation stratégique. A travers un partenariat avec une mutuelle, elle se lance en effet dans le « as-a-service » en équipant un acteur traditionnel avec sa plateforme tech.

Comment analyser cette décision ? Même pour une jeune entreprise à l’image soignée, dotée d’une tech efficiente et solidement pourvue en capital, atteindre le cap de la rentabilité n’a rien d’évident. Les difficultés rencontrées par les Américaines, malmenées en Bourse, sont là pour le confirmer. Et s’il semble possible d’attaquer en direct 10 ou 20% du marché, le reste semble toujours solidement détenu par les acteurs traditionnels et courtiers.

Il convient donc d’explorer de nouvelles voies pour diversifier les canaux de distribution. L’histoire de wefox est à ce titre particulièrement intéressante. L’insurtech allemande a, en effet, équipé dans un premier temps les courtiers avec son software. C’est dans une deuxième phase qu’elle a commencé à faire de l’assurance, en utilisant la structure qu’elle était parvenue à mettre en place. Avec succès, jusqu’à présent !

Aujourd’hui, une startup comme Seyna a choisi une démarche complètement inverse. D’assureur agrémenté, capable de créer des produits sur-mesure, l’entreprise cherche désormais à se positionner comme fournisseur de services technologiques. Voir Alan investir également ce créneau en dit long. De plus en plus, il semble qu’être identifié comme une entreprise tech soit synonyme de salut pour des pépites de l’insurtech qui se questionnent clairement sur le bon modèle à adopter.

Les principales levées du mois dernier en Europe

La France est une nouvelle fois à l’honneur avec la plus importante levée du mois. Et c’est Seyna, dont nous parlions plus haut, qui affermit son ambition à la faveur d’un deal de 33 millions d’euros. Se présentant au départ comme le Zhong An à la française, l’insurtech a depuis revu son positionnement et mise, manifestement, beaucoup sur la diffusion de ses outils SaaS pour s’imposer sur le marché.

Hors de nos frontières, Insify a annoncé une jolie levée de 15 millions d’euros. L’insurtech néerlandaise propose de libérer le pouvoir de l’assurance embarquée, mais à destination des TPE / PME. Intéressant ! Dans un autre registre, FloodFlash prouve l’intérêt grandissant accordé aux solutions d’assurance paramétrique avec une opération de 13 millions d’euros. Enfin, terminons cette revue avec l’extension de la série A de Qumata. Pour rappel, l’insurtech britannique, spécialisée dans l’évaluation des profils de risque à destination des assureurs vie / santé, opère majoritairement en Asie. Preuve que les idées européennes peuvent aussi séduire ailleurs !

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