« L'e-sport, c'est le désert de l'assurance ! » | Itw de Pascal Boudsocq, directeur associé chez Assur Connect

Manon Darmet
Rédigé par Manon Darmet
08 juillet 2022 - 7 minutes

Il a ses champions, ses équipes, ses fans, ses ambiances dignes d’un stade en ébullition, ses sponsors et, maintenant, ses assurances ! L’e-sport (sport en ligne), depuis quelques années, dépasse largement le phénomène de mode en devenant une discipline à part entière. Le secteur se développe à vitesse grand V et organise les plus grandes compétitions sportives non-virtuelles.

Certaines préoccupations émergent dans le secteur. Mais l’assurance est à ce jour la grande absente de l’e-sport tant pour les joueurs, les organisateurs que les clubs. Les assureurs ne savent plus comment s’adresser à cette jeune communauté. Les acteurs de l’e-sport, eux, fuient ce milieu hostile avec sa paperasse et son stress. Aujourd’hui, l’assurance doit donc relever un défi de taille : développer une expérience client innovante pour cette industrie émergente.

Et c’est le challenge que s’est donné Assur Esport. La branche d’Assur Connect a été lancée pour apporter une nouvelle réponse à cette mutation phénoménale de l’e-sport. Portée par deux associés, Pascal Boudsocq et Nathalie Benchetrit, l’entreprise a pour ambition de permettre aux acteurs de l’e-sport de pratiquer leur passion l’esprit tranquille, et en toute confiance.

« L’e-sport, c’est le futur ! »

Bonjour Pascal, parlez-nous de votre parcours. Comment êtes-vous arrivé dans l’assurance ?

Ce qui m’a amené dans l’assurance c’est une rencontre avec Nathalie Benchetrit, la fondatrice d’Assur Connect. On a sympathisé lors de syndicats professionnels puis elle m’a demandé si je voulais travailler avec elle. Je lui ai répondu : « Moi ? L’assurance je n’y connais rien ». Du temps est passé et après réflexion j’ai fini par m’intéresser à devenir son associé. Nathalie était 100% partante. Et c’est là que je me suis fait prendre à mon propre piège ! On forme un beau binôme depuis maintenant 3 ans et sommes très complémentaires.

Assur Connect, c’est quoi ?

C’est un courtier 100 % digital et leader dans le domaine sportif. Assur Connect couvre les besoins essentiels des sportifs en pratique libre. On protège ainsi leurs expériences en assurant les dossards, leur santé en dommages corporels mais aussi leur matériel en casse et vol. Notre stratégie ? Être au plus près du pratiquant en entrant dans les parcours de consommation-sport des sportifs en France. Aujourd’hui on assure en B2C mais aussi en B2B avec les clubs, les centres de pratique et les organisateurs d’événements.

D’où est venue cette idée de créer une branche e-sport avec Assur Esport ?

L’e-sport c’est le futur. Mais le Covid est passé par là donc c’était le calme plat. Tout s’est passé en ligne, les tournois physiques étaient annulés. Maintenant, nous sommes dans une logique commerciale pour adresser les organisateurs d’évènement et les clubs e-sport sur leur transfert de risques professionnels habituels quand ils organisent des évènements.

Vous avez été joueur professionnel de handball pendant 15 ans, qu’est-ce que cette expérience vous apporte aujourd’hui ?

Quels sont les profils de vos clients  ?

On assure des joueurs pro, de tous âges, que nous arrivons à toucher via leurs clubs. Également des équipes, des clubs comme GameWard et des organisateurs. Comme nous sortons d’une période de crise sanitaire, cette branche e-sport n’est pas encore un très gros volume de business pour nous. L’industrie était complètement à l’arrêt et nous aussi. Mais nous reprenons notre dynamique car nous croyons en ce projet.

Du côté de l’e-sport, on a souvent eu affaire à des parents qui nous appelle pour assurer leurs enfants ! Des enfants autoentrepreneur qui sont encore très jeunes : lycéens ou collégiens. Forcément, à cet âge-là, c’est les parents qui s’occupent de leur couverture sociale et assurancielle. Donc on se retrouve parfois face à des adultes complètement perdus qui nous appellent et nous demandent, comment assurer leur enfant qui commence à « peser » dans cette industrie, et qui gagne des compétitions en France ou à l’international. Les jeunes joueurs pro que l’on assure sont souvent dans ce cas de figure.

« En France, 70 % des personnes jouent aux jeux vidéos ! »

Parlez-nous de l’e-sport. Est-ce un phénomène à la hauteur de tout ce que l’on peut entendre ?

Dans le monde, le jeu vidéo, c’est la plus grande industrie culturelle. Devant la musique, le cinéma ou encore le sport pro. En France, 70 % des personnes jouent aux jeux vidéo. Quand Madame Michu joue à Candy Crush dans le métro, c’est une gameuse ! Dans tout ça, l’e-sport c’est une infime partie. Mais, cet univers est de plus en plus mis en avant alors que personne ne leur portait attention il y a quelques temps. Le problème c’est que les marques ne savent pas comment s’adresser à cette communauté. Ce sont des jeunes qui sont sur Twitch, Discord et Youtube. La télévision ? Ils ne la regardent plus. C’est donc une grosse communauté mais une économie qui reste toute petite.

Pour vous, l’assurance est-elle assez présente dans le domaine de l’e-sport ?

L’e-sport ? C’est le désert de l’assurance. Vous seriez étonné de constater le nombre de clubs et d’organisateurs de petits évènements qui font tout sans assurance. Il y a un grand nombre d’autoentrepreneurs et de joueurs pro qui voyagent dans le monde entier sans même une assurance voyage. Ils n’ont qu’une carte bleue et même pas de mutuelle pour certains ! Cette industrie est complètement larguée par rapport à l’assurance. Il y a un gros manque de culture, d’information et d’argent. En France il doit y avoir 5 équipes qui restent dans les standards que l’on connait. Le reste, ce sont des jeunes qui se débrouillent sans couverture.

Il y a encore un gros travail de sensibilisation à faire après des acteurs de l’e-sport. L’écosystème n’est pas encore arrivé à maturité. France Esports fait d’ailleurs un gros travail de structuration de l’industrie et de sensibilisation sur la partie juridique et assurantielle notamment. L’objectif est aussi de faire du jeu vidéo un levier de création de lien social et d’éducation.

Le manque à combler entre e-sport et assureurs est énorme, quelle approche doivent donc avoir les assurances pour s’adresser à cette communauté ?

Comment la société perçoit l’e-sport aujourd’hui ?

Encore aujourd’hui, la réputation de l’e-sport n’est pas forcement bonne. Beaucoup restent encore bloqués sur le cliché de l’univers sale où il n’y a que des geeks, drogués aux jeux vidéo, analphabètes et antisociaux ! Au contraire, c’est une pratique qui fédère et qui crée du lien. Il faut sortir des a priori ! Mais cette réputation évolue. Il y a de plus en plus de collectivités locales et régionales qui comprennent que le jeu vidéo est un formidable vecteur de lien social. Il permet de faire passer des valeurs clés comme l’abnégation, la pugnacité, le travail, la solidarité, la cohésion et l’esprit d’équipe.

Nous sommes néanmoins dans un moment politique qui est profitable à l’e-sport. Pourquoi ? Parce que certaines personnes ont compris ce que c’était. Ce n’est pas une discipline « sale ». Et d’ailleurs, si vous laissez l’e-sport caché, dans l’ombre, il le deviendra paradoxalement. Faire passer ce message, ça prend du temps. C’est tout nouveau. Mais peu à peu on efface le regard noir des vieux adultes sur cette discipline pour qu’elle devienne banale.

Un territoire de communication avec les jeunes de 15 ans

Direct Assurance s’est associé récemment avec KARMINE CORP. Est-ce-que vous trouvez cela pertinent ?

Oui, c’est un bon coup de com’ qui entre dans la logique de : « Comment j’adresse ma marque auprès d’un public jeune ? ». Aujourd’hui, on ne sait plus comment les toucher. L’e-sport devient ainsi un territoire de communication qui peut être très pertinent. Par exemple, sur Twitch on retrouve des sessions où un sponsor peut être exposé longtemps face à des dizaines même centaines de viewers. Donc en termes de visibilité pour la marque c’est vraiment top ! Un super moyen pour entrer dans le cerveau d’un jeune de 15 ans.

Est-ce une chose qui pourrait éventuellement vous intéresser pour booster votre visibilité ?

Pas vraiment. Actuellement, nous n’avons pas du tout vocation à développer une notoriété. Notre but n’est pas de faire venir les gens chez nous pour souscrire. Notre stratégie c’est d’être au plus près du pratiquant, rentrer dans ses parcours de consommation en API ou en point de redirection. Pour ensuite lui faire une bonne proposition de valeur : au bon prix, au bon moment. Et c’est là qu’il y a une souscription. Personne ne se lève un matin en se disant « J’ai acheté un dossard, il faut que je trouve une assurance sportive pour me couvrir en dommages corporels ! » .

Quels sont les prochains objectifs pour Assur Esport ?

Évangélisation. Évangélisation. Évangélisation. Tendre davantage la main aux acteurs du marché e-sport. Cette crise sanitaire nous a éloignés d’eux donc on veut se rapprocher. Ils ont d’énormes besoins en matière d’assurance. Dans les mois et les années qui viennent, les acteurs vont encore plus s’organiser, se déplacer et ainsi s’exposer davantage au risque. Le défi d’Assur Esport c’est qu’ils puissent alors transférer leurs risques chez nous, avec notre accompagnement. Nous souhaitons briser cette glace avec une bonne promesse, la bonne expérience et le bon discours. Avec ces 3 piliers, on va y parvenir, j’en suis convaincu !

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