Un chatbot pour favoriser l'empowerment des patients - Itw exclusive de Benoît Brouard, CEO de Wefight

Alexandre Pengloan
Rédigé par Alexandre Pengloan
13 janvier 2022 - 9 minutes

En 2022, la santé sera encore davantage connectée. Cette évidence trouve confirmation avec la multiplication des solutions innovantes déployées, la démocratisation de la téléconsultation au cœur de la crise sanitaire ou encore l’explosion des levées de fonds dans la HealthTech. La jeune entreprise française Wefight s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Sa proposition de valeur ? Renforcer le suivi à distance des patients atteints de pathologies chroniques afin de les aider à mieux s’informer et, in fine, reprendre la main sur leur condition.

La jeune pousse a d’abord structuré son approche autour d’un chatbot boosté à l’intelligence artificielle, mais voit aujourd’hui plus loin. A l’aide d’une levée de fonds de 10 millions d’euros annoncée en septembre, elle accélère la création d’un écosystème, avec l’objectif d’impliquer également les professionnels de santé dans le suivi. Prévenir, informer, accompagner grâce à la tech, voici une démarche qui devrait faire écho auprès du secteur de l’assurance. Nous sommes donc allés à la rencontre de Benoît Brouard, CEO et cofondateur de Wefight, afin qu’il nous explique en détail son projet et ses ambitions.

Bonjour Benoît ! Exercice de style : pouvez-vous pitcher Wefight à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler ?

WeFight est une entreprise créée en 2017. Notre siège social est à Montpellier, mais nous avons aussi des bureaux à Paris et Berlin. Aujourd’hui, notre équipe est constituée d’environ 75 personnes. On a créé un écosystème de solutions pour aider les patients atteints de maladies chroniques et de cancers. Et dans cet écosystème, il y a notamment Vik. Vik, c’est une application mobile, gratuite, qui a pour objectif de répondre aux questions que ces patients peuvent se poser. On décline Vik dans chaque pathologie. On a par exemple un « Vik asthme » pour les patients asthmatiques, un « Vik sein » pour les patients atteints d’un cancer du sein, etc. Actuellement, nous proposons une vingtaine de versions de Vik dans une dizaine de pays au total (en France, Europe, Amérique du Nord et Amérique latine). Nous comptons 350 000 utilisateurs.

On a aussi développé dans l’écosystème MedVik, une interface de suivi pour les praticiens hospitaliers. Objectif : leur permettre de faire du télésuivi de patients. Et l’autre interface que l’on a développée, c’est DataVik. Elle permet de visionner des données agrégées issues de Vik pour comprendre les problématiques du parcours de soin des patients ou avoir accès à des verbatims, de façon anonymisée bien entendu.

« Beaucoup de patients ne perçoivent pas bien la réalité de leur condition »

Petit saut en arrière dans le temps : quelle a été la genèse du projet Wefight ?

J’ai fait mes études à Montpellier, en pharmacie. J’ai toujours été passionné par le numérique, et ce qu’il peut apporter au patient. J’avais créé un premier site, pharmaetudes.com, qui était devenu un peu la référence pour les étudiants car tous les cours du cursus en pharmacie étaient devenus accessibles gratuitement. Je suis ensuite venu à Paris pour travailler en temps qu’interne des hôpitaux. J’étais très intéressé par la pharmacie clinique et l’éducation thérapeutique, le fait de donner de l’information aux patients pour mieux gérer leur maladie. En parallèle, j’avais lancé une entreprise pour développer des applications mobiles en santé, à destination des patients ou des pros de santé. Après mes 4 ans d’internat, j’ai travaillé comme chef de produit pendant 2 ans pour withings, entreprise française de la healthtech qui développe des objets connectés.

Et après, j’ai donc créé Wefight parce que j’avais envie d’aller au plus près du patient, vers le médical. Avec Vik, la question était : quelle valeur peut-on apporter directement aux patients via le digital ? En discutant avec des associations de patients et en faisant le lien avec mon expérience à l’hôpital, on s’est rendu compte qu’il serait intéressant de pouvoir fournir de l’information de qualité et de manière instantanée, pour les rassurer, mais aussi leur donner aussi les bonnes infos pour les guider afin qu’ils puissent se prendre en main.

On a donc opté pour le concept du chatbot ou robot conversationnel. Pas parce que c’était à la mode en 2017, mais parce que c’est une technologie très basique. C’est ce qui nous intéressait, pour pouvoir s’adresser à monsieur ou madame tout le monde. En plus, il est facilement plugable à d’autres interfaces, apps mobiles, sites internet, messageries en ligne, etc.

Vik, concrètement, comment ça marche ?

On travaille beaucoup avec les associations de patients pour concevoir chaque Vik et identifier les questions adéquates. Prenons un exemple concret, l’asthme. Ici, par exemple, des questions vont tourner autour de la crise d’asthme, comment la gérer, ou faire face à des épisodes de pollen en ville. Et ce dont on se rend compte, c’est que beaucoup de patients ne se sentent pas asthmatiques sévères. Il ne perçoivent pas la sévérité de leur asthme, son véritable impact sur leur quotidien car ils se sont habitués à leur condition.

Tout le rôle de Vik, ça va être d’être capable de les sensibiliser par rapport à ça. Et dire : par rapport aux questions que tu as posées, au contenu que tu as regardé dans Vik, je pense que ton asthme est mal contrôlé, donc je pense qu’il serait peut-être intéressant pour toi d’aller voir un praticien, un pneumologue qui lui pourra te prescrire des traitements plus efficients. Vik, c’est un échange dans les deux sens. Le but est au final d’orienter au mieux les patients et de participer à leur empowerment, leur autonomisation. A aucun moment, on ne fait la pub d’un labo ou d’un traitement spécifique. On parle de tous les traitements de la pathologie de la même manière.

« Vik, ma perruque va-t-elle s’envoler en cas de coup de vent ? »

Jusqu’où peut aller Vik ? Quelles sont les limites ?

On n’a pas vocation à remplacer l’existant, les médecins, pharmaciens ou infirmiers. L’idée, c’est de se positionner là où il y a un manque, un vide. On s’adresse notamment aux patients qui sont dans des déserts médicaux, pour éviter qu’ils aillent sur Internet , sur des forums, où l’information n’est pas vérifiée. Le rôle de Vik, c’est surtout d’être une boussole pour le patient. Quand il pose une question, Vik va répondre avec les informations les plus concises possibles et va le rediriger vers des sources d’informations plus complètes.

Sur les limites : Vik ne va jamais remplacer un médecin et vous dire quoi faire. Le chatbot donne de l’information, simplement. Il vous dit : dans cette situation, il se passe telle et telle chose. C’est au patient ensuite de décider ce qu’il veut faire. Un exemple concret : un patient atteint d’un cancer demande à Vik quel est le meilleur traitement pour sa pathologie. Ici, Vik va répondre en lisant les types de traitements qui existent, sans déterminer à aucun moment lequel est le plus adapté.

Vous évoquer la question des sources, qui est brûlante aujourd’hui, notamment sur le thème de la santé sur Internet. Comment faites-vous ?

Ce qui est intéressant chez Wefight, c’est que l’on a à la fois des profils techniques et scientifiques. Cette structure se reflète dans Vik, qui est en fait composé de deux briques. L’une est très technique avec des algorithmes de compréhension du langage (on développe un algorithme par langue et par maladie). De l’autre côté, on a une base de données de réponses constituée à la main par nos chefs de produit. Ils vont travailler main dans la main avec des assosiations de patients et des médecins experts pour identifier toutes les thématiques importantes autour d’une pathologie. Le travail de Vik, c’est de comprendre la question et d’aller chercher la bonne réponse dans la base de données. Toutes les réponses sont créées par des professionnels de santé, validées par d’autres professionnels de santé, et donc toutes nos sources sont validées scientifiquement.

Sur les limites, Vik ne pourra par exemple pas vous parler des derniers essais cliniques en cours. Ce sont des choses en évolution, pas encore validées. Ce ne sera donc tout simplement pas le rôle de Vik de vous renseigner là-dessus. Enfin, on se rend compte, en échangeant avec les patients, que beaucoup de questions qui peuvent nous paraître anodines les impactent finalement beaucoup. Par exemple : si j’ai un cancer et une perruque, va-t-elle s’enlever en cas de coup de vent ?

« Des synergies avec l’assurance ? Ça pourrait faire sens ! »

Comment améliorer-vous vos robots ?

A deux niveaux. D’abord sur la partie algorithmique, avec du machine learning : plus il va y avoir d’interactions, plus le robot va s’améliorer. Et au début, quand l’utilisateur pose des questions, Vik ne va pas savoir y répondre. On identifie donc ce manque pour le combler et enrichir en continu notre base de données.

Combien de temps faut-il pour déployer un Vik dans un nouveau pays, en prenant en compte les diverses problématiques (langue, particularités locales, etc.) ?

Cela varie, en fonction de la complexité de la pathologie, du pays ou du parcours de soins. Mais de manière générale, on dit qu’il nous faut à peu près six mois pour déployer une nouvelle version de Vik sur le marché, avec une dizaine de personnes impliquées à chaque fois.

Au niveau de la distribution, avez-vous déjà pensé à des acteurs du monde assurance / mutuelle pour diffuser Vik ?

Pour le moment, nous avons davantage de liens avec l’industrie pharmaceutique, mais ça pourrait faire sens, en effet ! De nombreuses publications montrent aujourd’hui qu’un patient mieux informé permet de réduire les frais de santé, et ça fait aussi sens avec la vision que l’on a pour Vik. En effet, si aujourd’hui Vik se contente de donner de l’information au patient, à long terme, on ambitionne qu’il devienne proactif et soit un jour capable de faire des recommandations.

Quid de vos autres assets comme MedVik ?

On va décliner MedVik par pathologie, comme avec Vik. Le médecin va inclure le patient dans un parcours de suivi personnalisé. Il ne verra pas toutes les questions que le patient pose à Vik, ce n’est pas du tout le but. Mais il va pouvoir accéder à des tendances qui lui permettront d’effectuer un suivi à distance et d’intervenir si la situation le nécessite, avec des systèmes d’alerte.

Quelles ambitions avec votre récente levée de 10M€ ?

Notre objectif est d’accélérer la croissance en Europe, avec le recrutement de commerciaux et de profils « produit » pour créer de nouvelles versions de Vik. Nous souhaitons aussi financer notre R&D, et notamment MedVik et son déploiement.

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