26 août 2021
8minutes

Chapitre 4 : L’IA à la française, nouvelle recette pour conquérir le monde ?

Ah la France… l’un des plus beaux pays du monde si l’on en croit les agences de voyage ! Aussi célèbre pour sa gastronomie que pour son histoire, sa culture et ses paysages, le pays aux mille fromages veut aujourd’hui s’imposer comme un leader technologique mondial. Pour cela, il peut compter sur de nombreuses startups. La French Tech représente déjà un puissant moteur pour la nation et plusieurs de ces jeunes pousses tricolores mettent au point des solutions d’intelligence artificielle qui ont de plus en plus la cote. Alors, l’IA à la française, simple fantasme ou recette miracle pour conquérir le monde ?

La « so french mathematic culture »

S’il y a bien une chose pour laquelle la France est reconnue sur la scène internationale scientifique, c’est son savoir-faire en mathématiques. Les figures historiques de Pascal ou Descartes, le prestige d’une institution comme le CNRS ou la présence de nombreux concitoyens aux palmarès de prix comme les médailles Fields et Abel – où la France est le 2e pays le plus représenté – en sont de belles preuves. Cette culture rayonne dans le domaine de la recherche à l’international et la qualité de la formation à la française est régulièrement mise en exergue. Dans ces écoles, de Polytechnique à l’Université Paris-Saclay, l’élite des mathématiques se penche sur de nombreuses questions, dont celle de l’intelligence artificielle, articulée autour d’équations complexes.

La France produit des talents très complets et compétents, et c’est donc tout sauf un hasard si de nombreuses entreprises spécialisées en IA éclosent dans le pays. Cette excellence ouvre de vastes horizons à nos compatriotes, mais représente aussi un incroyable levier pour attirer des pépites venues des quatre coins du monde. Ainsi, à titre d’exemple, Akur8 compte plus d’une cinquantaine d’employés représentant 19 nationalités différentes.

Avec l’émergence des startups spécialisée en intelligence artificielle, la dimension industrielle et celle de la recherche peuvent désormais se croiser. “Globalement, depuis ces dernières années, une transversalité entre la recherche et l’industrie est en train de se créer. C’est un peu le graal ultime pour l’IA d’avoir cette passerelle », abonde Thomas Solignac, CEO et cofondateur de Golem.ai. Cette transversalité fait honneur à un état d’esprit, mais aussi aux compétences et au talent français, et permet, forcément, de développer des solutions toujours plus innovantes.

Des Frenchies chez les GAFAM

Cette élite tricolore ne reste évidemment pas cantonnée au territoire national. La France possède en effet de fameux émissaires de sa compétence en IA à l’étranger, et jusque chez les puissants GAFAM. Yann LeCun est l’un de nos plus illustres ambassadeurs. Formé en France, il rejoint dès les débuts de sa carrière des géants américains. Aujourd’hui, celui qui a obtenu le Prix Turing (l’équivalent du Prix Nobel pour les mathématiques) dirige le laboratoire de recherche d’intelligence artificielle de Facebook.

On peut évidemment aussi penser à Luc Julia. Génie de l’IA, il n’est autre que l’un des concepteurs de SIRI, a travaillé un temps pour Apple et a récemment publié un ouvrage référence sur son sujet de prédilection : « L’intelligence artificielle n’existe pas« .

La France ne bénéficierait-elle donc pas d’une aura un petit peu mystique ? Les Américains sont tout spécialement habitués à voir des nos compatriotes exceller dans le domaine de l’intelligence artificielle. Google comme Facebook ont installé leur laboratoire IA européen à Paris, un choix tout sauf anodin. Certaines portes sembleraient dès lors s’ouvrir plus facilement grâce à cette “french reputation”.

L’ingrédient secret est …. l’éthique !

IA éthique assurance

La recette du succès de l’IA à la française ne réside pas uniquement dans sa réputation internationale, ou dans la figure de quelques experts bien placés. Elle repose aussi sur son attention à l’éthique. Ce petit ingrédient rend la recette particulièrement séduisante, d’autant plus si on l’associe à l’image d’une Europe terre des Lumières, dont l’héritage fait toujours son effet outre-Atlantique.

Un exemple simple permet de mettre en perspective les différentes approches au niveau de l’éthique. En France, faire des statistiques ethniques est strictement interdit, quel que soit le contexte. Aux Etats-Unis, les entreprises utilisent par contre ces données pour déterminer si leurs IA intègrent ou non des biais face à certaines populations. Un débat complexe peut ainsi s’engager sur une même question. Est-ce une bonne ou une mauvaise idée ? Chaque entreprise, et individu, possède son avis.

Le contexte actuel se révèle toutefois largement favorable à la vision européenne. A l’heure où les enjeux sociétaux sont brûlants au pays de l’Oncle Sam et où une assurtech comme Lemonade se trouve aujourd’hui traînée en justice par des consommateurs après avoir essuyé un « bad buzz » avec son IA, la recette française conquiert en effet les cœurs. “Aux Etats-Unis, quand on explique qu’on fait de l’IA mais qu’en plus elle est transparente, éthique, de confiance et que l’on corrige les biais, ça plaît car c’est encore inconnu là-bas”, explique Christophe Bourguignat de Zelros. L’attention portée à l’éthique se mue donc ici en avantage concurrentiel de taille.

Par ailleurs, l’Europe possède une autre grande force : sa diversité. Tant en cultures qu’en langues, le continent est riche et varié. Comme nous l’a expliqué Thomas Solignac de Golem.ai, beaucoup d’IA fonctionnent bien en anglais, et ne savent presque rien faire avec d’autres langues. Appliquer ces IA à la mosaïque de langues européennes, ou même mondiales, devient dès lors impossible à court terme. Ce n’est pas le cas de celle de Golem qui est déjà utilisable en trente langues, et peut très vite en apprendre d’autres. Les horizons business se trouvent dès lors décuplés !

Alerte à la pénurie de talents ?

Bien que la France donne sa chance à de nombreuses personnes de devenir des professionnels de l’intelligence artificielle et de l’informatique, la pénurie des talents se fait tout de même sentir. Toutes les entreprises que nous avons rencontrées pour ce dossier font le même constat, déplorant le manque d’experts à un niveau national, mais aussi mondial.

Pour certains, les limites de l’IA et de son application ne sont plus les contraintes techniques, mais bien le manque de personnel qualifié et d’experts. Thomas Solignac estime qu’il faudrait aujourd’hui vingt fois plus de développeurs ! La formation, bien que qualitative, a du mal à suivre le rythme : aujourd’hui, tous les acteurs de la tech recherchent en effet les mêmes profils sortant des mêmes filières. Le nombre de talents répondant à ces critères n’est donc pas infini.

Cette pénurie touche également un secteur de l’assurance qui se digitalise à marche forcée, et a donc cruellement besoin de cette expertise en IA.Les assureurs ne sont pas identifiés, et à tort, comme des boîtes de données. Ce n’est pas spontanément vers nos entreprises que des personnes en recherche d’emplois dans le domaine de l’IA vont se tourner”, appuie Laurent Charon, Directeur Innovation et Transformation Digitale chez AG2R La Mondiale. Un vrai travail pour dépoussiérer l’image du secteur doit être entreprise, dans lequel les spécialistes des RH et de la formation auront un rôle clé à jouer.

 

Un milliard d’euros pour soutenir le développement de l’IA

french tech ia

Malgré leurs nombreux atouts, les startups de l’IA demeurent des structures soumises à des impératifs de vitesse et de croissance. Comme Samuel Falmagne nous l’a indiqué, ces assurtechs ont besoin du soutien de leurs clients : “Ils ont un rôle capital à jouer. Ce qui est important, c’est que les clients, soit les assureurs, prennent un peu de risques, et aient envie d’avoir des solutions françaises”. Plus profondément, c’est l’écosystème français des startups qui a besoin de cet appui des acteurs établis de l’économie. “Je pense qu’on a vraiment les moyens d’avoir des entreprises qui sont des leaders mondiaux en France sur de nouvelles aires de développement, et pas uniquement sur ce qui est déjà joué”, poursuit Samuel.

Les assureurs et autres clients de ces startups représentent donc des piliers de leur réussite. Ils prennent d’ailleurs leurs responsabilités, à l’image du secteur assurance qui investit massivement dans l’initiative Tibi afin de financer les champions de la tech de demain. Mais le gouvernement peut lui encourager ces efforts, dans l’industrie comme dans la recherche. Une stratégie a donc été établie il y a maintenant quelques années. Elle se nomme sobrement France IA. Par ce véhicule, les autorités visent deux objectifs : “installer durablement la France dans le top 5 des pays experts en IA à l’échelle mondiale” et  “faire de la France le leader européen de la recherche en IA”.

Bien qu’ambitieux, ces objectifs semblent néanmoins atteignables. Dans un discours en mars 2018, le Président de la République Emmanuel Macron présentait une stratégie pour accompagner le développement de l’IA sur notre territoire. Sur 5 ans, un investissement public de plus d’un milliard d’euros était alors annoncé.

Un soutien au niveau européen ?

La dynamique autour de l’intelligence artificielle n’est pas simplement française, mais aussi européenne. Plus de 170 millions d’euros seront ainsi investis dans nos frontières avant 2022 pour augmenter les moyens de calcul dédiés à l’IA grâce à l’aide de la Commission Européenne. De plus, le couple franco-allemand collabore pour être encore plus fort dans ce domaine sur la scène internationale.

Pour résumer la position française, il est assez raisonnable d’être confiant sur la possibilité de voir le pays assouvir son ambition et devenir un leader mondial de l’intelligence artificielle. Le spectre des possibles est immense, et tout particulièrement dans l’assurance et la santé, où de nombreuses startups sont déjà à pied d’œuvre. Pour y parvenir, l’IA à la française devra par contre être soutenue par chaque acteur qui en a la responsabilité. Attention à ne pas tomber non plus se reposer sur ses lauriers. L’IA sera certainement une pierre angulaire des stratégies économiques futures, et la concurrence s’annonce forcément féroce sur le sujet !

 

Retrouvez les autres épisodes de notre grand enquête intitulée : « L’IA, une révolution dans l’assurance ? »

Chapitre 1 : Dessine-moi une IA. Réflexion sur les représentations de l’intelligence artificielle

Chapitre 2 : Dis Emilie, une IA, c’est quoi ? Des définitions pour bien comprendre

Chapitre 3 : IA et assurance. La France et ses 4 fantastiques

 

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