31 août 2021
7minutes

Chapitre 5 : IA et assurance, je t'aime moi non plus ?

L’assurance est à la traîne. L’assurance est coincée au 20e siècle. Les assureurs ne sont pas connectés à la vraie vie. Que de clichés entourent pourtant un secteur en pleine transformation ! Décriée pour un immobilisme qualifié volontiers de séculaire, l’assurance investit pourtant dans l’innovation et pousse les jeunes startups à viser toujours plus haut. En particulier, certains acteurs historiques semblent avoir compris l’intérêt de suivre de très près le milieu de l’intelligence artificielle. Reste à savoir si le secteur, dans sa globalité, est prêt à embrasser la promesse. Alors, entre l’assurance et l’IA : méfiance ou love story ?

Les clients, ou le coeur névralgique des assureurs

Je pense que le déclic vient d’abord des comportements et des attentes des clients qui évoluent”, diagnostique le CEO et cofondateur d’Akur8, Samuel Falmagne. En effet, le cœur névralgique du métier a toujours été et restera toujours ses clients. Alors quand les utilisateurs réclament du changement et des nouveautés, une seule option s’impose aux assureurs : s’adapter.

On a coutume de dire que la technologie n’est pas une fin mais un moyen. L’innovation doit donc être entrevue comme une incroyable opportunité d’adresser les défis posés par un monde qui n’a jamais évolué aussi vite, dynamique renforcée par la pandémie. Avec la crise sanitaire, le digital a en effet remplacé la plupart de nos interactions sociales. Les Français ont ainsi passé 15% de temps en plus sur internet en 2020 par rapport à l’année précédente, soit deux heures vingt-cinq en moyenne par jour. Et cela change forcément beaucoup de choses !

Les usages 2.0 ont explosé pour s’ancrer sans doute définitivement. Mieux informé et bénéficiant d’une offre élargie, le client n’hésite plus à aller voir ailleurs si l’expérience proposée n’est pas meilleure. Aujourd’hui, accélérer la transformation digitale s’impose comme une question de survie pour les entreprises. Les acteurs de l’assurance n’échappent pas à cette nouvelle donne et doivent miser sur les nouvelles technologies pour soutenir cette évolution nécessaire. L’IA, évidemment, représente un atout maître pour réussir cette mue.

L’IA n’est pas l’apanage des insurtechs !

Les assureurs historiques, bien aidés par une sphère assurtech en pleine effervescence, prennent conscience de l’intérêt qu’ils ont à miser sur l’IA. Tous les bénéfices de cette technologie – qui ne concernent pas uniquement la sacro-sainte relation client – sont en train d’être découverts et développés à des échelles industrielles. De nombreux grands groupes investissent aujourd’hui dans cette technologie.

AG2R IA

C’est notamment le cas d’AG2R La Mondiale. Laurent Charon, son Directeur Innovation et Transformation Digitale, nous expliqué le plan de bataille. L’assureur français possède ses propres équipes de data science et d’IA qui développent des outils utilisés en interne. En parallèle, le groupe peut aussi compter sur son véhicule d’investissement ALM Innovation pour investir dans des sociétés avec lesquelles il peut entamer une relation de confiance.

A titre d’exemple, l’assureur est monté de façon minoritaire au capital de la société rouennaise Saagie, qui travaille sur le DataOps. Après un temps de collaboration, AG2R a identifié un besoin pour ses équipes, qui pouvait aussi devenir une solution développée et commercialisée par Saagie. Ainsi, les équipes des deux entreprises ont travaillé ensemble pour élaborer un produit en commun. Depuis mi-juillet, il est utilisé par les équipes d’AG2R : Saagie peut donc tester cette solution à grande échelle pour la perfectionner avant de la rendre accessible au grand public. Voici un excellent moyen de travailler au développement de l’IA afin qu’elle bénéficie à tous les maillons de la chaîne.

Un nouveau regard sur les jeunes pousses

insurtechs partenariats

La stratégie d’AG2R La Mondiale, répliquée par la plupart des assureurs de la place, n’est toutefois pas la seule voie. Les grands groupes d’assurance font aussi de plus en plus appel aux assurtechs et à leur savoir-faire. Zelros revendique ainsi par exemple une quinzaine de clients, une base solide qui double tous les ans. Golem.ai compte quant à lui une trentaine de grands comptes dans son portefeuille, dont plusieurs assureurs. Et que dire d’Akur8 qui enchaîne les annonces depuis quelques mois avec des géants du secteur, d’AXA à Munich Re, en passant par Generali.

Les entreprises présentes depuis le plus longtemps dans le circuit des assurances et de l’intelligence artificielle ont pu observer le changement de paradigme chez les acteurs historiques. Arnaud Grapinet de Shift Technology nous a raconté ce mouvement progressif. Il y a sept ans, alors que la future licorne était encore une toute jeune startup s’est lancée, les assureurs se montraient frileux. L’intelligence artificielle était encore peu démocratisée, entrevue comme une solution certes très novatrice mais peu concrète. En 2021, les enjeux ont changé. L’IA, c’est dorénavant du très sérieux.

Les assureurs semblent donc avoir, dans leur ensemble, bien identifié les enjeux business liés à l’IA. Leur regard et leur attitude vis-à-vis des startups a également évolué. Ils ne les considèrent plus comme des ovnis expérimentant de drôles de choses dans leur coin, mais comme des partenaires concrets et solides, avec qui tisser des collaborations fructueuses sur un temps long. La croissance spectaculaire de Shift en est une bonne illustration.

Un travail d’ouverture sur la donnée

Les experts de Shift ont pu associer ce mouvement à une autre observation. Quand l’entreprise s’est lancée, une source d’inquiétude très présente chez les assureurs consistait en la confidentialité de leurs données. Utiliser des technologies qui impliquaient de livrer toutes les informations de leurs clients à des personnes extérieures était presque impensable. La donnée assure le bon fonctionnement des entreprises, et prend un caractère vital à l’heure du digital. Il manquait encore la transparence et la confiance nécessaires à ce genre d’opération.

En 2021, le contexte a bien changé. Les assureurs, grands ou petits, hébergent en effet une majorité de leurs données sur des clouds. Ces espaces d’hébergement numériques ne sont pas la propriété des assureurs, mais plutôt celle de grands groupes américains comme Amazon ou Google. Cette évolution stratégique, vers toujours plus de digital et d’innovation, ouvre aussi les portes à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Précisons aussi qu’au progrès technologique vient s’ajouter la réglementation, avec notamment le RGPD qui aide les assureurs à transmettre leurs données en toute confiance.

L’ère de l’assureur augmenté ?

Comme dans tous les milieux, et ce depuis la nuit des temps, le progrès fait toujours un petit peu peur. Quand la machine à imprimer de Gutenberg a vu le jour, les moines copistes ont forcément craint de perdre leur utilité. Et pourtant, il existe toujours des moines, qui font bien d’autres choses aujourd’hui ! Il en va de même pour beaucoup d’innovations. Les employés de banque ont changé certaines de leurs missions quotidiennes avec l’arrivée des distributeurs automatiques de billets, ils sont pourtant encore bien présents.

En somme, les machines ne volent pas les emplois des personnes. Elles nous redonnent simplement une place plus importante, plus humaine. Les algorithmes ont la même fonction. En enlevant les tâches répétitives et à faible valeur ajoutée, ils permettent aux employés de tous les secteurs de se recentrer sur ce qui ajoute de la valeur à leur service.

Ainsi, l’assurance a tout à gagner en investissant dans l’intelligence artificielle. Pour Arnaud Grapinet de Shift Technology, cette technologie s’annonce même comme un véritable “game changer” dans le milieu. L’assurance est un secteur complexe, avec beaucoup d’enjeux réglementaires et une masse titanesque de données. En automatisant des actions simples sans valeur ajoutée, tout le monde en sort gagnant, dans une nouvelle ère qui est celle de l’assureur augmenté.

 

Peur dans l’assurance…

IA Peur assurance

Il reste toutefois du chemin à parcourir pour gommer les inquiétudes liées à l’intelligence artificielle. Ainsi, pour 53% des compagnies d’assurance, elle représente une menace directe pour les emplois existants. Le constat est presque similaire chez les Français : 51% de nos compatriotes se montrent craintifs par rapport à l’évolution des nouvelles technologies ! Tous nos intervenants nous l’ont pourtant répété : l’intelligence artificielle, comme les autres innovations, ne sont pas des menaces, au contraire !

Alors que faire face à cette méfiance persistante ? Un profond travail d’éducation et d’acculturation doit être mis en œuvre. Former les citoyens de demain aux enjeux technologiques d’aujourd’hui permettra à la nouvelle génération de libérer le potentiel de ces innovations.

Pour le moment, il est nécessaire d’aider les Français à bien comprendre la nature et le fonctionnement de ces technologies. Les assureurs, comme les assurtechs, ont un rôle clé à endosser dans ces actions pédagogiques, prémices incontournables au happy ending de l’histoire naissante entre les Français et les intelligences artificielles.

 

Retrouvez les autres épisodes de notre grand enquête intitulée : « L’IA, une révolution dans l’assurance ? »

Chapitre 1 : Dessine-moi une IA. Réflexion sur les représentations de l’intelligence artificielle

Chapitre 2 : Dis Emilie, une IA, c’est quoi ? Des définitions pour bien comprendre

Chapitre 3 : IA et assurance. La France et ses 4 fantastiques

Chapitre 4 : L’IA à la française, nouvelle recette pour conquérir le monde ?

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