Eficiens x Astorya : L'assurance en effervescence, le baromètre ! - Edition septembre 2022

Alexandre Pengloan
Rédigé par Alexandre Pengloan
09 septembre 2022 - 6 minutes

Tout va actuellement extrêmement très vite dans le microcosme de l’assurance, et le rythme s’accélère encore en 2022 ! Afin de suivre au plus près cette révolution, nous avons fait appel à l’œil de Florian Graillot et des experts d’Astorya. Nous sommes ainsi heureux de vous présenter la 11e édition de notre rendez-vous mensuel : « L’assurance en effervescence, le baromètre ! »

L’œil du VC Florian Graillot

L’insurtech en train de plonger ? Gare aux erreurs de lecture ! En effet, si les montants levés n’ont rien à voir avec l’an passé, il faut surtout l’analyser comme un retour à la normale. On rattrape la courbe tendancielle pré-pandémie et le futur du secteur n’est pas compromis, bien au contraire !

Montant des deals en forte baisse, pépites américaines qui font la « une » pour les mauvaises raisons, plans de licenciements… Pour certains, 2022 est une année noire pour l’insurtech. Et de là à conclure que le modèle a fait long feu, il y a un raccourci dans lequel d’aucuns s’engouffrent. Pour autant, il convient de prendre un peu de hauteur afin d’évaluer justement la situation.

Total des levées de fonds mondiales dans l’insurtech par trimestre

L’excellent rapport Gallagher Re, sorti au mois d’août, vient nous aider. Ce document dense, de près de 100 pages, décrypte avec précision toute l’activité dans l’écosystème au premier semestre dans le monde. Un chiffre clé à retenir : le total des levées au niveau international avoisine les 5 milliards de dollars. C’est bien sûr une baisse sensible par rapport à l’an passé… mais nous sommes aujourd’hui conscients que nombreuses de ces opérations étaient décorrélées de toute réalité.

Ce qui est intéressant, c’est de constater que l’on rattrape tout simplement la courbe d’avant-Covid. On identifie le même phénomène dans le secteur e-commerce, par exemple. Plutôt que de sombrer dans un pessimisme qui n’a pas lieu d’être, voyons la situation actuelle plutôt comme un retour à la raison qui va permettre à l’écosystème de reprendre une dynamique beaucoup plus saine.

Et si vous doutez encore du potentiel de l’insurtech, le rapport vous propose quelques jolis contre-arguments. Les gros deals ne sont par exemple pas finis. Depuis le début de l’année, les Américaines ont réalisé quelques jolis coups, comme Alan en France. Et que dire de wefox qui a annoncé son megaround juste après la sortie du document !

L’innovation poursuit donc son chemin dans le secteur. De Descartes Underwriting chez nous au potentiel qui se dévoile en Afrique ou en Amérique du Sud, en passant par des modèles comme l’embedded qui font déjà le succès de startups comme l’Australienne Cover Genius ou la Singapourienne Bolttech, le futur s’annonce réjouissant, à bien des égards.

La startup du mois : Urban Jungle

Ce mois-ci, on ne vous parle pas d’une nouvelle venue sur la scène insurtech. Avec près de 40 millions € déjà levés et plus de 100 000 clients en base, Urban Jungle est déjà solidement installée dans le paysage. Cet été, la startup anglaise a attiré notre attention en dévoilant un nouveau produit. Originellement positionnée sur l’habitation, elle ajoute l’auto à son arc, et ça soulève quelques questions.

En effet, on peut déjà se demander s’il s’agissait d’un relais de croissance indispensable ou si cette diversification était prévue de longue date dans la roadmap. À l’heure où les financements sont logiquement plus difficiles à trouver, élargir sa gamme de produits fait sens. Par ailleurs, il peut paraître également logique de vouloir multi-équiper sa clientèle, alors qu’aucune insurtech n’est pour le moment parvenue à s’imposer hors de sa sphère domestique.

Cette annonce invite également à une réflexion sur le volet stratégie. Vaut-il mieux opter pour un focus sur un unique produit au départ avant de se déployer, à la manière d’un Lemonade ou d’un Luko ? Ou au contraire miser immédiatement sur le multiproduit pour étoffer rapidement sa base clients, à l’instar de Leocare, Lovys ou Acheel ? Le cas Urban Jungle, insurtech déjà mature, devrait nous fournir des éléments d’analyse intéressants d’ici quelques mois !

Le « game changer » : le Lloyd’s serre la vis sur le risque cyber ! L’assurance a-t-elle encore un avenir sur cette niche ?

L’assurance semble clairement en train de s’emmêler les pinceaux face au risque cyber. Il faut lui concéder que la menace prend un caractère de plus en plus imprévisible, et même systémique. Dans ce contexte, il n’est dès lors guère étonnant de voir les acteurs se désengager peu à peu. Dernier exemple en date ? Le prestigieux Lloyd’s, qui vient d’imposer à ses membres l’exclusion des attaques perpétrées par les États.

Immédiatement, on peut se demander : et après ? En effet, il semble utopique de voir le problème cyber s’atténuer dans l’immédiat. Au contraire, le risque est exponentiel, en témoignent les augmentations en intensité comme en fréquence des attaques. La question des ransomwares devient un véritable casse-tête et sort même du cadre strictement assurantiel. En France, la récente annonce de Bercy sur ce sujet brûlant alimente un débat duquel aucun consensus ne paraît émerger.

Comment faire, dès lors ? Encore une fois, la technologie sera clé. Pour craquer le code, il faudra être en mesure de correctement mesurer et pricer le risque cyber. Cela passera inévitablement par la cybersécurité et la donnée. Dans ce contexte, les partenariats entre fournisseurs tech et assureurs deviennent évidents. Et c’est un champ des possibles qui s’ouvre pour les insurtechs, comme Stoïk et Dattak dans nos contrées. Le défi est à la hauteur de l’enjeu, complexe, très complexe, mais pourrait bien déboucher sur de belles success stories.

Les principales levées du mois dernier en Europe

Insurtechs et investisseurs ont profité du mois d’août pour recharger les batteries, et ils ont eu bien raison ! Au total, deux deals répertoriés en tout et pour tout dans la sphère européenne. On commence par Jarowa, marketplace digitale destinée aux assureurs qui utilise notamment la blockchain. La jeune pousse a levé 12,6 millions d’euros et confirme l’impressionnant dynamisme suisse du moment.

L’autre deal nous vient d’outre-Manche. Quotech a levé 1,2 million d’euros, notamment grâce à l’appui de Convex, qui était au préalable l’un de ses… clients ! Preuve que délivrer un service de grande qualité peut se révéler doublement payant. À la tête de cette jeune pousse prometteuse, on trouve un Français, Guillaume Bonnissent, qui se donne donc les moyens de faire briller la french touch du côté de Londres.

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